En coloration capillaire, l'agent alcalin est l'ingrédient qui ouvre les écailles du cheveu pour permettre aux pigments de pénétrer. Pendant des décennies, l'ammoniaque a régné sans partage. Aujourd'hui, il existe trois grandes alternatives. Décryptage.
L'ammoniaque : l'original
L'ammoniaque (NH₃) est un gaz alcalin qui, dissous dans la formule de coloration, augmente le pH du mélange à environ 9,5-10. À ce pH, les écailles de la cuticule se soulèvent, permettant aux précurseurs de couleur et à l'oxydant de pénétrer dans le cortex.
Son avantage décisif : l'ammoniaque est volatile. Une fois le temps de pose terminé, il s'évapore du cheveu. Le pH redescend naturellement, les écailles se referment. C'est un agent « auto-neutralisant ».
Son inconvénient : cette volatilité est aussi la source de l'odeur désagréable et des vapeurs irritantes pour les yeux et les voies respiratoires. Pour les coiffeurs exposés 8 heures par jour, c'est un vrai sujet de santé au travail.
Le MEA : le silencieux
Le MEA (monoéthanolamine, C₂H₇NO) est un liquide alcalin qui remplit exactement le même rôle que l'ammoniaque : augmenter le pH pour ouvrir les écailles. Mais contrairement à l'ammoniaque, il n'est pas volatile.
Ce qui signifie :
- Pas d'odeur — le MEA ne s'évapore pas, donc pas de vapeurs
- Pas de picotement — moins d'irritation immédiate du cuir chevelu
- Mais... il reste dans le cheveu après la pose
C'est ce dernier point qui fait débat. Une étude de référence publiée dans l'International Journal of Cosmetic Science (Morel et al., 2009) a montré que le MEA provoque un gonflement de la fibre capillaire 52% supérieur à celui de l'ammoniaque. La raison : comme il ne s'évapore pas, il continue à agir sur le cheveu même après le rinçage.
Les huiles : la troisième voie
La technologie ODS² (Oil Delivery System) de L'Oréal, utilisée dans INOA, représente une approche fondamentalement différente. Au lieu d'utiliser un agent chimique pour ouvrir les écailles, elle utilise un mécanisme physique : la pression osmotique.
Le mélange d'huiles minérales et de silicones dans la formule crée une différence de concentration entre l'extérieur et l'intérieur du cheveu. Cette différence génère une pression qui « pousse » les précurseurs de couleur à travers la cuticule. Les écailles ne sont pas soulevées — les pigments passent entre elles.
Tableau comparatif
| Critère | Ammoniaque | MEA | Huiles (ODS²) |
|---|---|---|---|
| Odeur | Forte | Aucune | Aucune |
| Picotement | Fréquent | Rare | Aucun |
| Volatilité | Oui (s'évapore) | Non (reste) | Non applicable |
| Gonflement fibre | Modéré, réversible | +52% vs ammoniaque | Minimal |
| Éclaircissement max | 4-5 tons | 3-4 tons | 3 tons |
| Couverture blancs | 100% | 100% | 100% (INOA) |
| Brillance | Bonne | Bonne | Excellente |
| Exemples | Majirel, Igora Royal, Koleston | Zero, Color Touch | INOA |
Alors, lequel est le « meilleur » ?
La question n'a pas de réponse universelle. Chaque technologie fait des compromis différents :
- L'ammoniaque reste le plus polyvalent : meilleur pouvoir d'éclaircissement, couverture totale, auto-neutralisation. Son seul vrai défaut est le confort (odeur, picotement).
- Le MEA résout le problème du confort mais introduit celui du gonflement résiduel. C'est un bon compromis pour les clientes qui ne supportent pas l'odeur.
- Les huiles (ODS²) offrent le meilleur profil global : pas d'odeur, pas de picotement, pas de gonflement excessif, excellente brillance. La limite est le pouvoir d'éclaircissement (3 tons max avec INOA).
Sources
- Morel OJX et al. (2009). Hair damage by chemical treatments: a comparison between ammonia and MEA-based colorants. International Journal of Cosmetic Science.
- Zviak C., Milléquant J. (2005). The Science of Hair Care. CRC Press, 2nd edition.
- Robbins CR (2012). Chemical and Physical Behavior of Human Hair. Springer, 5th edition.
- L'Oréal Research & Innovation (2009). INOA: A new permanent hair color based on an oil delivery system. Technical white paper.